21 décembre 2020 | International, Terrestre, C4ISR

Défense : veto de la France au rachat de Photonis par Teledyne

Au nom de la protection de ses intérêts stratégique, Paris s'oppose à ce que la société spécialisée dans la vision nocturne pour les armées passe sous pavillon américain.

Par Elise Vincent

C'est un coup de thé'tre dans le secteur très délicat de la défense. La France a formellement mis, vendredi 18 décembre, son veto au rachat de Photonis – une société spécialisée dans la vision nocturne pour les armées – par un groupe américain, Teledyne, au nom de la protection des intérêts stratégiques nationaux. Une initiative rare, qui a amené le cabinet de la ministre des armées, Florence Parly, à se féliciter d'avoir réussi à faire front commun sur ce dossier avec le ministère de l'économie et des finances.

« Les conditions de reprise de l'entreprise Photonis ne répondaient pas » aux impératifs de protection de la souveraineté économique et industrielle française de défense, a justifié le ministère des armées dans un communiqué. Il travaille désormais à « une solution alternative de rachat avec des acteurs industriels et financiers français actifs dans le secteur de l'optronique », a-t-il indiqué. Celle-ci pourrait être dévoilée au cours du premier trimestre 2021.

Cette décision intervient au terme de plus d'un an de négociations acharnées avec le propriétaire actuel de Photonis, le fonds Ardian, qui souhaitait vendre ses parts pour 425 millions d'euros (500 millions initialement). Rien ne dit qu'il n'y aura pas d'autres rebondissements. Toutefois, à ce stade, le veto français illustre la volonté de l'exécutif d'enrayer les rachats de « pépites » françaises par des acteurs étrangers, en particulier américains et chinois, et de faire de Photonis un signal politique.

Contrôle des investissements étrangers en France

Sise à Mérignac, près de Bordeaux, la société compte plus de 1 000 salariés. Elle travaille pour l'aéronautique, la recherche et la défense. Si son rachat a créé tant de remous, c'est qu'au-delà de sa spécialité dans la vision nocturne, elle fournit aussi de la technologie de pointe dans le domaine du nucléaire.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/12/19/defense-veto-de-la-france-au-rachat-de-photonis-par-teledyne_6063950_3234.html#:~:text=C'est%20un%20coup%20de,protection%20des%20int%C3%A9r%C3%AAts%20strat%C3%A9giques%20nationaux.

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    Par Stéphanie Gallo Triouleyre Créée par Pierre Angénieux en 1932, autour des zooms pour le cinéma et la télévision, puis rachetée en 1994 par le groupe Thales, l'entreprise de Saint-Héand dans la Loire réalise aujourd'hui 4/5e de sa production dans le secteur de la Défense. Elle vient justement de démarrer les livraisons de ses nouvelles jumelles de vision nocturne O-NYX à l'armée de Terre. Elle investit par ailleurs lourdement pour développer l'ensemble de ses activités. La Direction Générale des Armées avait notifié à Thales le marché des jumelles O-nyx fin 2017, la première livraison est intervenue il y a quelques semaines. Ces jumelles de vision nocturnes sont destinées à remplacer progressivement les jumelles Lucie qui équipaient jusqu'ici l'Armée de terre et qui étaient déjà fabriquées par Thales Saint-Héand (ex Thales Angénieux avant la réorganisation des sites Thales) dans la Loire. "Nous sommes partis d'un équipement dont nous disposions pour codévelopper avec la DGA et les utilisateurs. Nous sommes parvenus à des jumelles plus ergonomiques, plus légères (340 grammes NDLR) et plus performantes que celles qui équipent déjà les Forces Françaises", signale Delphine Cabaton, responsable commerciale du projet O-nyx. Plus de 3.500 paires ont d'ores et déjà été commandées. 15 000 unités sur 7 ans Le marché court sur 7 ans et devrait s'accompagner de 1 000 à 2 000 commandes par an, soit au total entre 10 000 et 15 000 équipements O-nyx fabriqués par le site ligérien du groupe Thales. Secret défense oblige, impossible de connaitre le montant du marché. En revanche, Bertrand Boismoreau, directeur d'établissement, souligne l'importance de cet accord : "Nous avons coutume de dire que lorsque l'Armée française investit un euro chez nous, la France gagne deux euros à l'export. L'Armée française a une réputation d'exigence absolue. Si elle commande chez nous, c'est un signal fort pour les armées du monde entier". Pour renforcer ses positions auprès de ce client de premier ordre, Thales Saint-Héand travaille d'ailleurs actuellement sur un appel d'offres de la DGA concernant de nouveaux équipements binoculaires. Elle avait déjà fourni depuis deux ans, 1 000 autres jumelles de vision nocturne aux forces spéciales et avait contribué depuis 10 ans au marché Félin (12.000 équipements de jumelles connectées). Des marchés conséquents à chaque fois et qui ont un impact sur le tissu économique régional puisque le site sous-traite 80% de la valeur de ses équipements. "La jumelle O-Nyx nécessite une douzaine de techniques de fabrication comme la plasturgie ou l'usinage mécanique. Nous nous basons pour cela sur l'expertise des PME locales", explique Benjamin Fournel, responsable d'industrialisation. Il cite par exemple Sagne, Modertech, HEF etc. A l'occasion du marché O-nyx, l'usine de Saint-Héand a décidé par ailleurs d'entrer plus fermement dans l'ère de l'industrie 4.0. Elle a ainsi développé des bancs de test, permettant notamment de caractériser la qualité optique de la jumelle. "Jusqu'ici, les opérateurs devaient vérifier la qualité de nos jumelles à l'oeil. C'est un travail fatigant et sujet à des variations de performance. Ces bancs de test automatisés permettent de simplifier le travail de nos collaborateurs et de fiabiliser la qualité de nos produits", se réjouit Benjamin Fournel. Le montant de l'investissement n'est pas communiqué. Croissance Thales ne communique pas non plus précisément sur les volumes d'activité de chacun de ses sites, mais Saint-Héand générerait un chiffre d'affaires de l'ordre de 100 millions d'euros, avec 350 salariés. C'est 20% et 50 personnes de plus qu'il y a deux ans. Le marché O-nyx contribue évidemment à cette progression mais Thales Angénieux se déploie par ailleurs sur d'autres sujets. Notamment sur les optiques cinéma, production historique pour laquelle elle est mondialement connue. Celle-ci représente aujourd'hui 20 à 25% de son activité. Plusieurs millions d'euros sont en train d'être investis par l'entreprise pour développer une nouvelle gamme d'optiques à focale fixe, marché sur lequel elle n'était pas, ou peu, présente jusqu'ici, privilégiant les zooms. "Les tournages de film nécessitent souvent des zooms et des focales fixes. D'autres acteurs étaient bien positionnés sur les focales fixes mais les nouveaux formats nous remettent sur la même ligne de départ. L'idée est de proposer aux cinéastes de pouvoir tourner l'intégralité de leurs films avec des produits Angénieux, avec en plus des fonctionnalités très différenciantes : nos appareils sont plus compacts, plus légers, avec des possibilités de personnalisation de filtres", expose le directeur d'établissement, Bertrand Boismoreau. Une gamme de 12 focales est en cours de préparation, sachant que "plusieurs millions d'euros d'investissement" sont nécessaires au développement de chacune des focales. Un investissement colossal donc mais qui devrait permettre à Thales Angénieux, sous 10 ans, de viser un marché complémentaire de 100 millions d'euros. Nouvelle ligne de production Enfin, le site ligérien va être encore renforcé dans les prochains mois. Le groupe Thales lui confie en effet la production de nouvelles caméras infrarouge pour le secteur de la Défense. Elles ont été codéveloppées avec un site parisien du groupe. Une nouvelle ligne de production est en cours d'installation. Elle sera inaugurée début avril. "Les investissements sont très lourds", signale Bertrand Boismoreau, sans pouvoir, là-encore, donner d'indication trop précise. A terme, "plusieurs dizaines de personnes" pourraient être recrutées pour assurer la production de ces nouvelles caméras, "en fonction de leur succès commercial". https://acteursdeleconomie.latribune.fr/strategie/2020-02-26/industrie-lourds-investissements-chez-thales-a-saint-heand-840652.html

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