15 octobre 2018 | International, Aérospatial

Air2030: A la rencontre de SAAB et du Gripen E

Alexis Pfefferlé

Lancement des rencontres BtoB

Jeudi 11 octobre 2018, Lausanne.

Première journée incontournable pour l'industrie suisse de la défense.

A l'initiative du Groupe romand pour le matériel de Défense et de Sécurité (GRPM) , de Swissmem, l'association faîtière des PME et des grandes entreprises de l'industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM) et du Bureau des affaires compensatoires à Berne, se tenait la première journée BtoB (Business to Business) dans le cadre de l'appel d'offre du programme Air2030.

Pour rappel, le programme Air2030 est en substance le projet d'acquisition par l'armée suisse de nouveaux jets de combat et d'un nouveau système de défense sol-air de longue portée sous la forme d'un arrêté de planification pour un coût maximal de 8 milliards de francs.

Au contraire de la votation de 2014 sur le Gripen, le peuple ne se prononcera cette fois pas sur le modèle d'avion mais uniquement sur l'enveloppe budgétaire souhaitée par le Département de Guy Parmelin.

Suite à l'appel d'offre lancée par Armasuisse en juillet 2017 pour la partie avions de combats, cinq constructeurs sont entrés dans la course.

Saab et son Gripen E, Dassault et son Rafale, Boeing et son FA 18 Super Hornet, Lookheed Martin et son F-35A et Airbus avec l'Eurofighter.

Particularité de cet appel d'offre, l'achat de nouveaux avions de combat devra faire l'objet d'une compensation industrielle à 100%, à savoir que le pays vendeur devra compenser l'achat de la Suisse par des achats d'un montant équivalent auprès de l'industrie suisse.

Dans le jargon, on appelle cela les affaires compensatoires ou l'offset industriel.

C'est ainsi que dans le cadre de l'acquisition des nouveaux avions de combat, les cinq constructeurs sont appelés à rencontrer les sociétés suisses avec lesquelles ils pourront potentiellement conclure des contrats.

L'enjeu est de taille, ces affaires compensatoires représentent près de CHF 8mia pour l'industrie suisse (dont 30% espérés en Romandie) et des possibilités très intéressantes de partenariats à long terme.

Par le biais de ce blog, j'ai décidé de partager avec vous quelques détails de ces journées incontournables pour l'industrie suisse de la défense.

SAAB en première ligne

Retour donc à Lausanne le 11 octobre, à 0800 comme disent les militaires.

L'ambiance est sobre, voire médicale, bien loin de l'image d'Épinal de la foire aux canons avec hôtesses slaves en pantalon treillis et kalachnikov.

Les femmes, j'en compte 2 sur 200, sont en tailleur et ça parle beaucoup suisse-allemand, quand bien même la même réunion s'est tenue la veille à Berne.

Après une introduction par le Président du Groupe romand pour le matériel de Défense et de Sécurité, c'est au Président du Switzerland Business Unit de SAAB d'entrer en scène.

Le discours est rodé, court, impactant.

Le Gripen E, version monoplace, est un avion de dernière génération, économique et facile à manœuvrer et à manutentionner.

Il peut notamment être ravitaillé en essence et munitions en 10 minutes par une équipe réduite et décoller sur une piste de 800 mètres. Pour une présentation en Suisse, l'exemple est parfait.

On en vient ensuite directement à la question des affaires compensatoires. On est là pour faire des affaires, ce n'est pas aujourd'hui que l'on vend l'avion.

Sur ce point, le discours est stratégique avec deux concepts martelés tout au long de la présentation, implantation à long terme et partenariats plutôt qu'achats.

Et SAAB soutient le discours par du concret, 25% des sociétés suisses présentes dans la salle sont déjà des fournisseurs de SAAB, et ce malgré l'échec de 2014, et un autre 20% est en cours de négociation.

De plus, SAAB possède des participations dans au moins quatre sociétés suisses actives dans l'industrie de défense et comme SAAB produit, en plus de ses avions, des voitures, des tanks, des bateaux et même des sous-marins, le potentiel de collaboration est énorme.

Sur l'aspect partenariat, les promesses sont alléchantes. Les sociétés suisses qui participeront au développement du Gripen E, si celui-ci était retenu, verront leurs technologies et produits intégrés au programme Gripen E et donc vendus aux autres pays intéressés par l'avion.

Avec 60 avions en commande pour la Suède, 36 pour le Brésil et trois appels d'offres en cours en au Royaume-Uni, en Finlande et en Bulgarie, le “contrat suisse” pourrait faire des petits.

Fin de la présentation, nous sortons boire un café ou un jus de pommes.

Je vois s'activer les représentants des sociétés suisses qui, dans quelques minutes, débuteront leur BtoB avec l'avionneur. Quinze minutes par société en tête à tête pour conclure, dans une sorte de speed-dating technique en col blanc.

GRIPEN E, points forts et points faibles

Pour conclure sur le Gripen E, j'ai retenu quelques points forts/faibles au terme de cette première présentation.

Points forts

  • Forte implantation suisse de SAAB, tant en matière industrielle qu'en terme de lobbyisme ;
  • Fort potentiel de partenariats en matière industrielle, militaire et civile ;
  • Investissements historiques en Suisse et accroissement souhaité sur le long terme ;
  • Transparence accrue dans les pays du Nord, notamment en matière de défense.

Points faibles

  • Faible poids de la Suède au sein de l'Europe dans une perspective géopolitique ;
  • Marché de la défense à l'export plus petit et plus faible que d'autres concurrents, notamment dans la perspective d'affaires compensatoires dans d'autres domaines que l'aviation.

Et si le Souverain disait non ?

Avant de quitter les lieux, voyant toutes ces personnes peaufiner leur speech et les organisateurs régler les derniers détails, me vient à l'esprit cette réflexion : Et si tout ça n'aboutissait à rien ?

En effet, ces rencontres BtoB, fruits de plusieurs mois de travail acharné des organisateurs et des industriels présents précèdent l'analyse des offres par l'armée et plus encore, le probable référendum.

Au bout du compte, il se pourrait bien que tout ce temps et cet argent investis ne servent à rien en cas de nouvel échec devant le peuple. Ce qui m'amène à la réflexion suivante, pourquoi diable le Département fédéral de la défense et des sports n'a-t-il pas pressé pour que l'on vote avant l'appel d'offre ?

Venir en 2020 devant le peuple avec l'argument que tout est déjà réglé et qu'il ne manque que la signature du souverain, c'est prendre un énorme risque. Espérons qu'il soit calculé.

ABE

Bon baiser de Suisse.

https://blogs.letemps.ch/alexis-pfefferle/2018/10/15/air2030-a-la-rencontre-de-saab-et-du-gripen-e/

Sur le même sujet

  • Thales et Weibel Scientific concluent un accord de coopération

    29 septembre 2021 | International, C4ISR

    Thales et Weibel Scientific concluent un accord de coopération

    Thales et Weibel Scientific ont signé hier un accord visant à travailler sur les nouveaux radars de haute performance Xenta, conçus pour les missions terrestres à courte portée. Formalisée en présence de la ministre des Armées française et de son homologue danois, cette coopération confirme le positionnement international de Thales dans ce domaine et la supériorité des radars Doppler de Weibel qui se conjuguent pour offrir le meilleur produit du marché. Elle renforcera les activités des deux partenaires en leur ouvrant de nouvelles opportunités à destination des forces armées. Cette nouvelle collaboration instaurée entre Thales et Weibel Scientific pose un nouveau jalon dans les futures relations commerciales européennes entre les industriels de la défense danois et français, et confirme la nouvelle stratégie de l'industrie de la défense danoise. « Avec l'intégration des radars Doppler de pointe de Weibel Scientific, Thales, qui figure parmi les leaders des solutions de défense, renforcera son portefeuille dans le segment terrestre à courte portée. Nous sommes ravis de cette opportunité de développer notre expertise commune au service de nos clients », déclarait Serge Adrian, vice-président exécutif des activités Radars de surface chez Thales.

  • Will COVID-Stressed Countries Slow Their Arms Buys?

    29 octobre 2020 | International, Sécurité, Autre défense

    Will COVID-Stressed Countries Slow Their Arms Buys?

    State Department's political-military leader sees mixed signals from abroad. Marcus Weisgerber The coronavirus pandemic might prompt U.S. allies to restructure arms deals for American-made weapons, a top State Department official. But R. Clarke Cooper, assistant secretary of state for political-military affairs, said there is still an appetite for U.S. weapons overseas — especially F-16 fighter jets and Patriot missile batteries. “If we're looking at long-term modernization plans across the board, we're seeing what I would say is [a] steady state in that place,” Cooper said Wednesday during a virtual Defense Writers Group meeting. Since April, the State Department has approved more than four dozen foreign arms deals with a potential total value of more than $91 billion. But just because the sales were approved doesn't mean they'll come to fruition. In some cases, U.S. companies are competing against one another and/or overseas firms for contracts. “On big-ticket modernization, while some states...may have looked to re-frame or push right to a later date particular procurements, we've not seen dramatic changes in their planning,” he said. “What it may mean is how they sequence certain procurements.” Germany last month canceled a multibillion- dollar helicopter competition between Boeing and Lockheed Martin, calling the project too expensive. At the same time, Switzerland recently moved forward with a competition to replace its F/A-18 Hornets. But economic pressures could prompt some countries to adjust payments schedules, Cooper said. “Based on their national budgets, [countries] might seek some sort of dependable undertaking,” he said. “Some states might seek foreign military financing or grant assistance.” By the way, Cooper added, the economic downturns could result in more NATO allies meeting the alliance's goal of members spending 2 percent of their gross domestic product on defense. “Bizarrely, we may have some states where their numbers look like they've had an increase [in defense spending] because they've had a drop in GDP,” he said. https://www.defenseone.com/business/2020/10/will-covid-stressed-countries-slow-their-arms-buys/169642/

  • U.S. Navy orders 48 retrofit redesign kits in support of Super Hornet aircraft

    25 novembre 2019 | International, Aérospatial, Naval

    U.S. Navy orders 48 retrofit redesign kits in support of Super Hornet aircraft

    The U.S. Department of Defense announced on Thursday that Boeing Co. has been awarded a new contract for support F/A-18 Super Hornet aircraft. U.S. aerospace giant has won a contract valued at as much as $43 million to build, test and delivery of 48 Trailing Edge Flap retrofit redesign kits in support of the F/A-18E/F aircraft. Work will be performed in St. Louis, Missouri (72%); Lucerne, Switzerland (20%); Paramount, California (5%); and Hot Springs, Arkansas (3%), and is expected to be completed in June 2022. Production of the flaps involves the use of new manufacturing methods including advanced composites and high-speed machining, which were not used in the manufacture of flaps for the earlier Hornets. The Super Hornet is the most advanced addition to the combat-proven family of F/A-18 Hornets. Both the single-seat E and two-seat F models offer longer range, greater endurance, more payload-carrying ability, more powerful engines, increased carrier bringback capability, enhanced survivability and the growth potential to incorporate future systems and technologies to meet emerging threats. Although it is 25 percent larger than the Hornet, the Super Hornet has 42 percent fewer parts. The company's website said the Super Hornet is the backbone of the U.S. Navy carrier air wing now and for decades to come. The combat-proven Super Hornet delivers cutting-edge, next-generation multi-role strike fighter capability, outdistancing current and emerging threats well into the future. The Super Hornet has the capability, flexibility and performance necessary to modernize the air or naval aviation forces of any country. Two versions of the Super Hornet – E model and F model – are able to perform virtually every mission in the tactical spectrum, including air superiority, day/night strike with precision-guided weapons, fighter escort, close air support, suppression of enemy air defenses, maritime strike, reconnaissance, forward air control and tanker missions. https://defence-blog.com/news/u-s-navy-orders-48-retrofit-redesign-kits-in-support-of-super-hornet-aircraft.html

Toutes les nouvelles