Back to news

May 27, 2020 | International, Aerospace, Naval, Land, C4ISR, Security

Opinion | Un plan de relance pour la défense

Le secteur de la défense pourra jouer un rôle important pour le rebond économique du pays, estime Christian de Boissieu. Il ne se délocalise pas. Il suscite la création d'emplois qualifiés. Un plan de relance dans la défense permettrait ainsi de renforcer la sécurité et la souveraineté, tout en stimulant l'investissement privé.

Par Christian de Boissieu (professeur émérite à l'université Paris-I et vice-président du Cercle des économistes)

Publié le 20 mai 2020 à 8h50Mis à jour le 20 mai 2020 à 11h03

La crise actuelle affecte l'économie française avec une ampleur inégalée depuis 1945 : la récession est à la fois imparable et profonde. Tous les secteurs sont touchés. L'ampleur du rebond dépendra, entre autres facteurs, de la capacité de l'Etat à accompagner la reprise, ce qui passe par un plan de relance aux deux niveaux, national et européen. L'enjeu est alors d'identifier les secteurs pertinents.

Par hypothèse, le secteur de la défense est orienté vers la sécurité et la souveraineté, au moment même où ces valeurs s'affirment avec force. Il pourrait également jouer un rôle important pour relancer l'économie du pays. Le secteur industriel de la défense ne s'est pas délocalisé ; il n'a donc pas à se relocaliser comme d'autres activités stratégiques. Il crée un grand nombre d'emplois qualifiés. Les entreprises de défense occupent une place centrale dans le système national d'innovation. Elles réalisent, pour leurs activités civiles et de défense, 25 % de la R & D effectuée par les entreprises françaises. Elles ont une activité de dépôt de brevets importante, plusieurs entreprises de défense se classant chaque année dans le top 10 des brevets déposés à l'Inpi, et elles participent grandement à la structuration des réseaux de recherche.

Efficience opérationnelle

Un plan de relance incluant la défense aurait un impact économique notable, renforcé par la dualité militaire/civil des activités de défense. Les dépenses d'équipements militaires ou de R & D sont des dépenses d'investissement ; elles suscitent des retombées de nature à stimuler la productivité.

Pour des raisons stratégiques, les chaînes de production et de recherche sont également plus nationales que dans le reste de l'économie. Les études montrent que ces spécificités se traduisent par un effet multiplicateur des dépenses publiques élevé (multiplicateur d'impact sur le PIB d'environ 2 au bout de dix ans). Elles indiquent également que, loin de les évincer, les dépenses d'équipement militaire ou de recherche dans la défense sont complémentaires des investissements privés. Financer la R & D défense permettrait ainsi de soutenir la recherche française à un moment où celle-ci va être fortement affectée.

En outre, la relance par la défense non seulement ne dégrade pas la balance commerciale, à la différence de nombreux secteurs, mais, au contraire, l'améliore en stimulant la recherche, en augmentant l'efficacité des processus de production et en renforçant, aux yeux de l'extérieur, l'efficience opérationnelle du matériel militaire français.

Par ailleurs, la base industrielle et technologique de défense a toujours eu une forte dimension locale en contribuant à l'aménagement du territoire et au maintien de l'activité dans de nombreuses zones industrielles sous-dotées. Cette proximité ne serait que renforcée par une relance passant aussi, et sans exclusivité, par la défense.

Stimuler l'investissement privé

Une telle relance doit d'abord être nationale, mais elle doit s'accompagner d'une initiative de l'Union européenne. C'est l'occasion unique de faire enfin décoller l'Europe de la défense. Ainsi, la proposition initiale d'un budget de 13 milliards d'euros pour le Fonds européen de défense pour les six prochaines années, soit moins de 1 % du budget de l'UE, doit être retenue au moment où les autres continents ne cessent d'augmenter leurs dépenses de défense.

Un plan de relance dans la défense permettrait ainsi de renforcer la sécurité et la souveraineté tout en stimulant l'investissement privé, la recherche civile et en provoquant un impact économique important. Autant d'éléments nécessaires dans la période qui s'ouvre.

Christian de Boissieu est président du Conseil scientifique, de la chaire Economie de défense, IHEDN et membre du Cercle des économistes.

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-un-plan-de-relance-pour-la-defense-1204431

On the same subject

  • Amid The Financial Wreckage Of A&D, Space Rises Above

    August 17, 2020 | International, Aerospace

    Amid The Financial Wreckage Of A&D, Space Rises Above

    Michael Bruno As public companies reported their latest quarterly results amid the recent financial carnage in the aerospace and defense sector, it was hard to find genuine optimism. With COVID-19 gutting the commercial aerospace manufacturing sector and maintenance, repair and overhaul segment, and expectations hardening around flat or worse defense spending, most corporate managers provided slimmed-down outlooks for the foreseeable future. But one segment stood out for its near-universal positivity: space. It may have almost taken an implosion of the airliner business and historic federal deficit spending against a pandemic to get there, but suddenly outer space looks like the best place to be in business. “Space continues to be an opportunity for companies to drive growth in a flat-to-down environment,” Jefferies analysts wrote in an Aug. 10 report. As the recent earnings season showed, numerous companies are being lifted by space business. “The primes are having such strong growth there,” Credit Suisse analyst Rob Spingarn noted in a July 31 teleconference. For instance, L3Harris Technologies sees space—both space-based and ground support—as its fastest-growing opportunity, with a combined $10 billion pipeline of long-term opportunities and several bid proposals awaiting responses that total around $1 billion in the near term. “We feel very encouraged by the space business as a whole,” said L3Harris Chairman and CEO Bill Brown. Several others below the marquee prime government contractor level are also benefiting, according to Jefferies analysts Sheila Kahyaoglu and Greg Konrad. “Kratos Defense and Security is benefiting from the need for low-Earth-orbit (LEO) satellites in real-time data processing, and Mercury Systems is getting pulled in, given an increased need for data processing power at the edge.” What is more, both Booz Allen Hamilton and Parsons indicate that space is even a target area for mergers and acquisitions. President Donald Trump's administration's spending and focus on space, from the new U.S. Space Force to a NASA mission to return Americans to the Moon in the coming years, certainly helps set the tone. Significantly, there is a commercial sector race to establish LEO-based communication and Earth observation services—albeit one driven by billionaires and their personal passions for a space legacy. A more subtle shift, though no less significant, is occurring down the value chain, where there is an emerging middle market for space services. Companies such as Parsons, Virgin Galactic and KBR have reengineered their companies and are making money by providing support services for the space effort—in ways that are not as sexy as SpaceX's NASA crew transport mission but just as real when it comes to making a profit. “We had nice year-on-year growth in the space business, just under double-digit growth there,” KBR CEO and President Stuart Bradie said Aug. 6. The former Halliburton business, once publicly associated with military logistics support during the George W. Bush administration, now is the world's only government-licensed provider training astronauts for commercial space missions. “Investors often overlook that KBR has transformed its portfolio since 2015 and still perceive the firm as an engineering and construction play, given its heritage as a unit of Halliburton,” Cowen analyst Gautum Khanna noted in June. But acquisitions of Wyle Labs, Honeywell Technology Solutions and Stinger Ghaffarian Technologies in 2016-18 “put KBR on the map as a noteworthy government services competitor.” Government services, especially space, now are responsible for 70% of the company's annual revenue. Interestingly, the space market is expanding so fast that KBR itself may have competition for astronaut training. In June, NASA signed a Space Act Agreement with Virgin Galactic to develop a private orbital astronaut readiness program for space tourists. “As part of this, we will offer our existing space training infrastructure at Spaceport America and customized future Astronaut Readiness Program . . . allowing these private astronauts to become familiar with the environment in and en route to space such as G forces and zero G,” Virgin Chief Space Officer George Whitesides said Aug. 3. “This initiative has been largely driven by the considerable demand among our existing customer base to participate in orbital space flights.” There have also been plenty of space company setbacks in recent months, with OneWeb's bankruptcy heading the list. But it should come as no surprise that business success in space is hard. Maybe what is surprising is that space is already proving lucrative for public investors, and the market looks set to grow. https://aviationweek.com/defense-space/space/amid-financial-wreckage-ad-space-rises-above

  • US Army awards $1.5B to boost global production of artillery rounds

    October 8, 2023 | International, Land

    US Army awards $1.5B to boost global production of artillery rounds

    As the Army drives to reach a rate of 100,000 155mm artillery munitions per month by FY26, it's awarding contracts to domestic and global companies.

  • L’Alliance, navire de recherche de l’Otan, teste des drones sous-marins dans le grand Nord

    July 3, 2018 | International, Naval

    L’Alliance, navire de recherche de l’Otan, teste des drones sous-marins dans le grand Nord

    (B2 – En mer de Norvège) Alors qu'il naviguait entre l'Islande et la Norvège, nous avons pu embarquer quelques heures à bord du Nato Research Vessel (NRV) Alliance. Ce navire original, qui embarque des spécialistes de différents pays de l'Otan, teste des drones sous-marins dans les eaux glacés de l'Arctique. « Nous amenons la science à la mer », résume le docteur Catherine Warner, l'Américaine qui dirige le Centre de recherche et d'expérimentation maritime (CMRE) dont dépend le bateau. Bardé d'antennes, de sonars et de machines expérimentales, ce b'timent fait la fierté de l'Otan. Les officiels en visite à bord y voient une preuve de la capacité des Alliés à développer de nouvelles solutions pour répondre aux besoins des militaires. Les drones sous-marins ou gliders Si le NRV Alliance est susceptible de travailler sur tous les domaines identifiés comme prioritaires par les marines de l'Otan (lutte anti-sous-marines, lutte-anti-mines, renseignement...), ses travaux sont actuellement concentrés sur les drones sous-marins, appelés gliders en anglais. Des engins qui pourraient révolutionner de nombreuses missions. NB : Le NRV Alliance et ses drones participent régulièrement à des manoeuvres de l'Otan, comme l'exercice de renseignement interalliés Unified Vision 2018. Lire ici. Plus endurants que les hommes ? Ces drones séduisent au sein de l'Otan. C'est un haut gradé, riche d'une expérience dans le renseignement militaire maritime, qui en résume tout l'attrait : « Un équipage humain a besoin de retourner au port pour dormir, manger et voir sa famille. Ces robots peuvent rester des mois en mer. » Peu coûteux, discrets, polyvalents, endurants et autonomes, ces engins sont au cœur des expérimentations menées par les 25 scientifiques à bord. Ceux qu'ils utilisent actuellement, des Slocum G3 de l'Américain Teledyne, cartographient les fonds marins et font des relevés de températures et de courants. Des informations cruciales pour repérer et surveiller les mouvements de sous-marins, par exemple. Multiusages Le potentiel des gliders intéresse dans des domaines divers. Ces engins ont été testés dans la lutte anti-mines, avec des robots capables de patrouiller, de reconnaître des menaces et de les signaler à l'homme qui pourra ensuite intervenir. Un moyen intéressant de palier à une flotte européenne de navires de lutte anti-mines de plus en plus vieillissante et coûteuse à remplacer. Dans un autre registre, des drones pourraient mailler les fonds de certains points stratégiques pour surveiller les mouvements de sous-marins adverses. D'ici quelques années, si des puissances étaient capables de bloquer ainsi certains axes clefs, la dissuasion nucléaire pourrait se voir impactée et devrait se réinventer dans sa composante navale. C'est l'un des intérêts du grand Nord, où transitent régulièrement des sous-marins nucléaires. De l'aveu d'un haut gradé de l'Otan, spécialiste en matière de renseignement, ces drones sous-marins sont à l'heure actuelle presque indétectables. Les sous-marins remis en cause L'arrivée de ces submersibles risque de remettre en question tout le fonctionnement sous-marin. D'autant plus qu'ils sont très majoritairement automatisés : vu la difficulté pour assurer les communications sous l'eau, il n'est pas possible de les piloter en permanence. L'homme se contente donc en réalité de suivre les mouvements sur des écrans, ne donnant que quelques ajustements pour les remontées régulières en surface. Une évolution stratégique qui rappelle au docteur Catherine Warner un autre grand changement au sein de l'US Air Force, où elle s'occupait de plusieurs programmes de drones : « Les sous-mariniers sont pour l'instant sceptiques. Comme pour les pilotes de l'US Air Force lorsque les Predator sont arrivés à l'époque. Mais aujourd'hui, ils ont pleinement intégré l'intérêt de ces drones et ils ont accepté de travailler dessus. » Un navire presque unique Conçu sur mesure Le NVR Alliance est un navire conçu sur mesure pour les besoins de l'Otan, dans les ateliers de l'Italien Fincantieri. Livré en 1988, il embarque une multitude d'équipements de recherche qui en font un laboratoire en pointe dans le domaine des études maritimes. Il dispose des dernières technologies dans les domaines océanographique, acoustique, météorologique ainsi que de son propre atelier pour réparer ou modifier le matériel. « La force de ce navire, explique un scientifique à bord, c'est qu'il permet d'aller tester des idées dehors, en conditions réelles. » Le b'timent peut de fait aller naviguer dans les eaux polaires. Le tout avec des conditions de vie à bord qui restent très confortables : la quasi-totalité des chercheurs dispose de cabines individuelles ! L'Alliance au sein de l'Otan Le NRV Alliance est, avec le CRB Leonardo, l'un des deux navires détenus en propre par l'Otan. Rattaché au Centre de recherche et d'expérimentation maritime (CMRE) de La Spezia (Italie), il est chargé de tester des technologies au profit des Alliés. Le b'timent a longtemps été opéré par des marins allemands, jusqu'en 2015. Pour simplifier la logistique dans son port d'attache, il a été transféré aux mains de la marine italienne qui a rapidement séduit les scientifiques à bord avec sa botte secrète : la pizza en guise de casse-croûte nocturne ! Des pionniers pas toujours suivis Les équipes du NVR Alliance travaillent en collaboration avec des industriels et des universités. Ils développent souvent leurs propres solutions aux problématiques identifiées. Ils ont par exemple acheté un drone Bluefin au Français Thales, dans lequel ils ont intégré leurs propres équipements. Le fabricant a pu bénéficier des retours et progresse ainsi dans son développement, gr'ce aux essais de l'Otan. Côté autorité publique, l'enthousiasme n'est pas toujours aussi présent. De l'aveu du docteur Catherine Warner, les découvertes à bord ne sont pas toujours suivies par les États commanditaires qui hésitent à poursuivre les investissements. https://www.bruxelles2.eu/2018/07/03/lalliance-navire-de-recherche-de-lotan-teste-des-drones-sous-marins-dans-le-grand-nord/

All news