Back to news

June 7, 2019 | International, Aerospace, Naval, Land, C4ISR, Security, Other Defence

L’Europe doit mieux réfléchir à sa défense

(B2) Les Européens doivent faire preuve d'une volonté politique forte pour faire face à leur environnement géostratégique en bouleversement, selon Louis Gautier, ancien secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN). C'est ce qu'il a expliqué lors des entretiens de la défense européenne à Paris jeudi (16 mai)

Un constat qui demande une réflexion politique

Un environnement international délétère, une Europe fragilisée

L'environnement international et stratégique est « délétère ». Des conflits qui semblaient oubliés reviennent et se rapprochent de la périphérie de l'Europe. De nouveaux dangers (cyber, spatiaux...) se développent. Le constat que fait Louis Gautier n'est pas engageant. D'autant que l'Union européenne est aujourd'hui « fragilisée », minée par ses divisions. La situation s'est « encore détériorée ces derniers mois » : l'Italie, membre fondatrice de l'Union, rejoint le camp des eurosceptiques, le Royaume-Uni persiste dans les errements du Brexit, etc. Le « plus inquiétant » concerne les inconnues qui pèsent sur l'équation de sécurité européenne : le démantèlement des accords conclus à la fin de la guerre froide, l'amoindrissement de la garantie américaine, ou ce qui est ressenti comme tel, et les provocations russes.

Etre lucides !

Face à ces enjeux, c'est à un constat de lucidité qu'appelle Louis Gautier : « les Européens sont incapables de faire face collectivement à une crise majeure qui surviendrait sur leur sol ou à un conflit dans leur voisinage ». La nécessité d'agir de façon stratégique doit être repensée. « L'Europe, c'est en fonction du monde qu'on doit la faire. Et la défense européenne doit répondre à ces défis de sécurité ». L'Europe et sa défense, telles qu'elles avaient été imaginées au début, doivent être « réinterrogées ». Et n'envisager la défense européenne qu'au « prisme des capacités » est une erreur. On doit commencer par « dessiner un paysage stratégique, déterminer des enjeux, définir nos intérêts collectifs ».

Une relance possible ?

Certes, la relance du projet de défense européenne est bien engagée, avec une « multiplication des projets », entre 2016 et 2018. C'est « très positif ». Avec le fonds européen de défense (FEDef), « pour la première fois, il y aura sur la table de l'argent européen pour la défense et cela va changer la donne ». Mais ces projets n'ont un intérêt que si l'on a des organes de gouvernance, une définition des priorités. Il s'agit maintenant de faire attention à ce que cet élan ne retombe pas. On a « déjà connu des poussées similaires » lors du Traité de Maastricht, du sommet de Saint-Malo ou du retour de la France dans l'OTAN et du Traité de Lisbonne. Et l'élan a toujours fini par s'essouffler. Les objectifs sont « à chaque fois revus à la baisse, jamais mis en œuvre, restés en suspens dans les déclarations ». L'Union européenne reste « handicapée par les divisions européennes, le manque de volonté, les déficits capacitaires ». Les réticences, les habitudes et les conservatismes l'emportent sur le dynamisme.

La clé : la volonté politique pour une intervention collective

La volonté politique est donc la condition majeure pour obtenir des avancées durables. Aujourd'hui, l'Union serait « absolument incapable de gérer une crise majeure sur son sol ». L'Union reste faible dans la défense de ses intérêts, qu'ils soient industriels, économiques ou sécuritaires, martèle le spécialiste des enjeux stratégiques. En cas d'attaque, les États répondront avec des moyens nationaux, moyens inégaux en fonction des capacités de chacun. Ce alors que « les brèches chez les uns créeront des vulnérabilités chez les autres ». C'est bien le manque de vision stratégique de l'Union qui paralyse les efforts.

En finir avec l'éternel débat UE – OTAN

Il faut arrêter de se concentrer sur l'éternel débat UE-OTAN car il s'agit aujourd'hui d'une question qui concerne « les États, leur réponse collective, et le fait que l'Union européenne peut faciliter leur coordination ». Sans intervention collective des Européens, « nous ne pouvons pas obtenir les solutions de sortie de crise ». Alors même que certaines de ces solutions sont à la portée des États membres. Cela a été démontré lors du conflit au Kosovo : des conseils européens réguliers ont « rythmé les opérations par des décisions qui ont maintenu unis les Européens ».

Des clarifications nécessaires

Les Européens n'ont « jamais été collectivement capables de définir quelle devait être leur contribution collective à leur défense collective ». Quel que soit le cadre.

Cerner les objectifs de la défense européenne

Le concept même d'‘Europe de la défense' — un ‘mot valise',« très français », intraduisible pour nos partenaires — permet de mettre « un peu tout dans le même sac : des coopérations intergouvernementales, les projets communautaires, le pilier européen dans l'OTAN... » Sans spécifier suffisamment les aspects sur lesquels travailler. Clarifier les contours de cette défense européenne est nécessaire. Il faut « cerner les objectifs, car trop d'ambition effraie ».

Une indispensable clarification entre l'OTAN et l'UE

Cela implique aussi une « indispensable clarification » entre l'OTAN et l'UE. « Jusqu'à preuve du contraire », la défense collective européenne « se fait dans l'OTAN ». Mais l'Union doit vérifier qu'elle est en mesurer de gérer des attaques qui ne relèveraient pas de la responsabilité de l'OTAN. « Les réponses, elles sont européennes ». On ne peut pas se reposer sur une distribution des rôles dans laquelle l'OTAN s'occupe des questions militaires pendant que l'Europe « ne ferait que du capacitaire ». Parce que, déjà, « c'est faux » selon Louis Gautier. Et car le développement des capacités vient, avant tout, « au service d'une politique militaire, industrielle. »

Cinq priorités pour la suite

D'abord, « l'affirmation stratégique » des Européens. Qui doivent comprendre qu'ils ont des enjeux communs à défendre et que personne ne va les défendre pour eux. Mais aussi « la protection » des frontières, des citoyens, la capacité de « réaction aux crises », « le capacitaire » et « le renforcement de la BITD [Base industrielle et technologique de défense] ». Pour ce faire, il faut « consolider l'autonomie technologique » de l'Europe, anticiper plus et mieux, et améliorer la cohérence et cohésion des structures. Alors que le budget militaire européen est de « 230 milliards d'euros », supérieur à celui de la Chine, les duplications ont un prix : « l'absence de crédibilité ». Et « si les Européens ne s'activent pas, ils sont les grands perdants du 21ème siècle ».

(propos recueillis par Coline Traverson, st.)

https://www.bruxelles2.eu/2019/06/06/entretiens-leurope-doit-mieux-reflechir-a-sa-defense-l-gautier/

On the same subject

  • New bill could get Italy its own DARPA

    January 30, 2020 | International, Aerospace, Naval, Land, C4ISR, Security

    New bill could get Italy its own DARPA

    By: Tom Kington ROME — As consensus grows in Italy that military planners need better access to civilian technology, a new law is being proposed to give the country its own version of the U.S. Defense Advanced Research Projects Agency. The new bill, which its authors claim has backing from the military and Italy's political parties, envisages the setup of a new agency able to stimulate and coordinate the development of civil technologies for military application. “We want to make the newest technology more accessible,” said Alessandra Maiorino, the Italian senator who is steering the bill through parliament. Established in 1958 in response to the Soviet Union launching its Sputnik satellite the year before, DARPA has since teamed with universities, corporations and government partners to fund research programs to improve America's defense capabilities. Technologies it has worked on have also fed back into civilian applications, notably the internet, voice recognition and small GPS receivers. “Thanks to the DARPA system, avangard civilian technologies are considered to have strategic value. This in turn has a cascade effect on the economy and on innovation in the U.S.,” according to the Italian bill. The bill calls for the new Italian agency to be based near Pisa at an existing military research facility. An eight-person management board would include a military director, three civilian researchers and representatives from the four government ministries involved — the Department of Treasury, the Ministry of Defence, the Ministry of Economic Development, and the Ministry for Education, University and Research. The Joint Centre for Innovation and Strategic Technologies, known by its Italian acronym CINTES, will now be discussed in the Senate's Defence Committee, where representatives from the military, academia and industry will be invited to give their opinions, said Maiorino. The bill does not cite the required funding for the agency — a figure which has yet to be decided. However, it claims that Italy must quickly set up its own version of DARPA to keep up with France and Germany, who are already ahead in launching such an agency. The bill claims France's Innovation Défense Lab is now “allowing France's DGA procurement agency to map out and evaluate civilian technologies and acquire those which are of interest to the defense sector.” Germany's planned ADIC agency is cited in the bill as an example of the government investigating “disruptive” technologies in cybernetics and other key technologies. Maiorino, the senator backing the bill in Italy, is a member of the Five Star party, which has previously taken a unfavourable approach to defense investment. Before entering government in 2018, the party called for the cancellation of the F-35 Joint Strike Fighter program. As such, the party's support for the new bill reflects a progressively more positive view of the defense sector since it entered government. https://www.defensenews.com/smr/cultural-clash/2020/01/29/new-bill-could-get-italy-its-own-darpa/

  • Podcast: How The A&D Supply Chain Is Coping With COVID-19

    April 14, 2020 | International, Aerospace, Naval, Land, C4ISR, Security

    Podcast: How The A&D Supply Chain Is Coping With COVID-19

    Michael Bruno Sean Broderick Airbus has slashed near-term airliner production, and Boeing's cuts could be worse. Air traffic has collapsed, and fewer aircraft will need to be repaired. Meanwhile, factories everywhere face the dilemma of how to stay in operation with worker absences as high as 50%. Listen in as Vivek Saxena, managing director of Advisory Aerospace, speaks with Aviation Week editors Sean Broderick and Michael Bruno about how the supply chain is coping with COVID-19. https://aviationweek.com/aerospace/podcast-how-ad-supply-chain-coping-covid-19

  • Japan, South Korea and the US should mirror AUKUS for destroyers

    October 5, 2023 | International, Naval

    Japan, South Korea and the US should mirror AUKUS for destroyers

    But before breaking a celebratory bottle of champagne across the bow, obstacles must be addressed.

All news