13 juillet 2020 | International, Aérospatial, Naval, Terrestre, C4ISR, Sécurité

Les véritables menaces politiques qui pèsent sur l'industrie d'armement française (3/3) Par Vauban* | 13/07/2020, 8:00 | 3730 mots

Par Vauban* | 13/07/2020, 8:00 | 3730 mots

L'industrie d'armement française, telle qu'elle est actuellement, est en péril : aussi bien dans son organisation nationale, que dans la volonté politique de lancer des coopérations européennes tous azimuts (programmes, alliances industrielles) en passant par les nombreuses entraves dans le domaine des exportations. (*) Par Vauban, un groupe d'une vingtaine de spécialistes des questions de défense.

L'industrie d'armement n'échappe pas aux confusions conceptuelles dont les deux premières tribunes se sont déjà faites l'écho : cette dernière tribune souhaite rétablir des faits minorés ou ignorés, souvent de mauvaise foi, sur la place fondamentale de l'industrie d'armement pour la France. Il s'agit moins de rappeler son poids industriel et technologique comme le retour sur investissement qu'il crée dans l'économie, que de lui redonner sa vraie place politique en France, en Europe et dans le monde.

En France, l'édification d'arsenaux et de manufactures sous l'Ancien Régime visait déjà à doter l'armée française de ses propres armes afin, d'une part d'éviter la dépendance étrangère et, de l'autre, de disposer des équipements spécifiques dont elle avait besoin : fusil du modèle 1777, pistolet de celui de 1763/66, frégate de 74, systèmes d'artillerie Gribeauval et Vallée. Le besoin actuel demeure identique et est même exacerbé par une armée expéditionnaire, conséquence des choix diplomatiques. Cet axiome de bon sens est cependant souvent perdu de vue : on ne fait bien la guerre qu'avec des équipements qu'on a soit même spécifiés. Le Rafale avec ses équipements et armements est là pour le démontrer. Cette vérité, souvent oubliée dans la folie des coopérations européennes (on y reviendra) ou la frénésie des achats américains, est cruciale, surtout en des temps où les chevaux de Troie modernes peuvent paralyser un système de défense.

Indépendance militaire ?

Cette vérité est aussi fondatrice : elle a engendré un modèle d'armée indépendant, polyvalent et performant qui est le choix encore assumé de la France ; pour le b'tir, un triptyque bien connu, aux équilibres délicats, a été mis en place depuis 1961 : des armées, qui connaissent leurs besoins, une DGA (direction générale de l'armement), qui traduit ce besoin et l'exprime à une industrie nationale, qui y répond, organisée en champions nationaux : systémiers de la dissuasion (Naval Group et Dassault Aviation) du terrestre (Nexter), des systèmes de missiles (MBDA). Schéma de bon sens, mais qui n'est actuellement suivi, hors club des grandes puissances, que par les nations qui veulent leur indépendance militaire : Israël, la Corée du Sud et la Turquie principalement, les autres nations se contentant d'acheter sur étagères - même avec une part de production locale sous licence - ce que d'autres pays ont conçu. Ce système est actuellement triplement en péril.

Structurellement d'abord, parce que la DGA, loin d'être renforcée dans son rôle de conduite des programmes et d'expert technologique - voire de programmes civils tant les ministères civils sont dans l'impéritie totale -, est actuellement croquée pas à pas : on lui a retiré le secrétariat des CIEEMG, puis l'innovation et désormais la stratégie : or, sans ce corps technique compétent d'État, l'armement national a vécu. L'avenir le démontrera.

Capitalistiquement ensuite, car l'on voit bien les incohérences d'un État qui multiplie les interférences et les conflits d'intérêt dans la vie de l'industrie d''armement alors qu'aux Etats-Unis, il gouverne par la loi et les commandes publiques et non le capital, ce qui est beaucoup plus efficace. Instituer une concurrence entre Thales, missilier résiduel et MBDA, missilier érigé en champion national sur le domaine sol-air est aussi néfaste que de ne pas trancher enfin le nœud gordien de la participation de Thales dans Naval group, où l'actionnaire est en même temps (toujours ce "en même temps" !) équipementier de son systémier et son concurrent par le truchement de sa filiale néerlandaise...L'État entretient ainsi les rivalités du village gaulois.

Conjoncturellement enfin, car la crise actuelle nécessite un plan de relance spécifique à la défense. Puisque la crise est jugée plus sévère que celle de 2008 (qui n'était que financière et non globale), comment expliquer que le plan de relance actuel (833 millions d'euros) est très inférieur à celui de 2009 (2,4 milliards d'euros) ? Plan essentiellement "Airbus", l'ébauche annoncée n'est pas dimensionné aux enjeux : l'amortisseur d'activités que constituent les commandes de défense doit pourtant jouer à plein afin que les sociétés duales touchés par la crise du civil compensent un tant soit peu par la défense les parts de marché perdues, et que les sociétés purement défense trouvent aussi dans la commande d'Etat une activité que l'export atone leur a fait perdre. C'est l'idée du plan de 2009 ; c'est aussi celui du ministère allemand de la défense, qu'on ne peut décemment pas prendre pourtant comme un exemple dans la planification de défense...

Il faut donc un plan de relance ambitieux dont les idées-forces politiques sont : l'avancée des hausses budgétaires prévues entre 2023 et 2025 dès la rentrée de septembre et jusqu'en 2022 au moins ; la traduction rapide dans les sociétés : la recapitalisation peu coûteuse des moyens de l'Outre-mer, qui s'offre comme un domaine privilégié et nécessaire compte tenu des menaces qui pèse sur notre souveraineté ultra-marine : allongement de la série de patrouilleurs Outre-mer (6 patrouilleurs ne coûtent que 223,9 millions d'euros) avec production sous licence dans les chantiers nationaux (CMN, Piriou, etc), Falcon Albatros, etc... ; le réarmement en munitions complexes dont les stocks sont notoirement insuffisants.

Une coopération européenne élargie ou un cadre bilatéral clair ?

L'Europe, ensuite. Pas à pas, l'industrie nationale est entrée dans le "système Goulard", c'est-à-dire une dépendance mutuelle qui aboutit "à privilégier des consortiums dans lesquels les Français ne sont pas toujours leaders" (déclaration de l'éphémère ministre de la défense le 8 juin 2017). Cette doctrine fédéraliste acte la fin du leadership français en Europe sur la seule industrie, qui ne soit pas encore démantelée par l'impéritie de l'État. La feuille de route du 13 juillet 2017 comme l'alliance navale italienne en sont les fruits : à des acteurs mineurs européens dans la Défense sur les plans technologiques et industriels, on donne les clés de secteurs entiers sans qu'une quelconque convergence de doctrine diplomatique et opérationnelle n'ait été réalisée avec les pays en question et sans que la méthode de conduite des programmes n'ait été enfin gommée des défauts structurels de tout programme européen et, sans enfin et surtout, que la parité exigée par nos partenaires soit méritée autrement que par l'habilité des négociateurs politiques.

La taille des ensembles industriels sert de mantra aux promoteurs de ce grand bradage ; le problème est que nulle part ailleurs en Europe, on trouve trace de ce raisonnement : Damen, Saab, BAE Systems, Lürssen, GNY-K, Rheinmetall, etc... jouent leurs propres cartes ou la carte de la consolidation nationale ou des partenariats par programme, jamais celle de la fusion européenne. La taille, en outre, ne résout pas les problèmes essentiels de toute industrie : l'innovation technologique, l'agilité du mode de production, la gamme de produits, la compétitivité et l'exportation soutenue par l'Etat.

Le nombre d'acteurs, aussi agité comme obligation majeure des consolidations européennes, est un faux argument : les industriels européens croient en la commande publique et en l'exportation et non à un raisonnement malthusien qui voudrait que moins d'acteurs amènent moins de concurrence et donc la survie de la production ; ce raisonnement qui est congénitalement contraire aux lois du marché, même ceux spéciales de la Défense. Tout l'avenir des sociétés réside uniquement dans le soutien de l'Etat par la R&D, la commande publique et le soutien à l'exportation : la Turquie et la Corée du sud en donnent une éclatante démonstration.

La faille de ce raisonnement est enfin d'éluder que la coopération européenne n'a jamais fait la démonstration de son utilité et de sa performance. Ce n'est pas l'idée de coopération qui est remise en cause ici, mais la méthode de coopération : pas de contrat de réduction des risques, pas de maître d'œuvre expérimenté, pas de sélection des équipementiers par le systémier, mais un juste retour destructeur qui conduit à des sous-performances, des retards et des surcoûts. Ce qui valait hier pour l'A400M, vaut aujourd'hui pour le futur avion de patrouille maritime... Même Airbus, pourtant promoteur et exemple hier de cette consolidation, vitupère aujourd'hui contre la décision du gouvernement espagnol de sélectionner Indra sistemas, simple équipementier de second rang, comme maître de file des industriels espagnols du SCAF aux dépens d'Airbus, qui, même espagnol, est trop franco-allemand au goût de Madrid...

La même politique appliquée au spatial conduit à des dispersions de compétences et des gaspillages industriels et financiers : OHB qui ne savait rien faire, est d'ores et déjà devenu un concurrent d'Airbus et de Thales, parce que Berlin a choisi de le protéger bec et ongles. Il n'y a au fond qu'en France que l'altruisme sert de boussole à la politique industrielle : partout ailleurs, c'est bel et bien le nationalisme industriel qui est lui à l'œuvre : la Suède veut développer seule son avion de combat futur (2020) après avoir fait de même sur les sous-marins (2014) ; l'Italie réfléchit à une alternative nationale ou bilatérale au MGCS, etc ; s'agissant de défense nationale, il n'y a là rien de surprenant ; s'agissant d'industrie, rien de choquant à voir un gouvernement préférer son industrie à celle des autres, mais il est surprenant que les beaux esprits parisiens ne le sachent pas ou feignent, pour le besoin de leurs discours, de l'ignorer.

La consolidation européenne est jugée nécessaire enfin face à la concurrence extra-européenne ; là aussi, le raisonnement ignore ou feint d'ignorer que cette concurrence russe, chinoise, turque, sud-coréenne, sud-africaine ou israélienne use d'autres armes que celle de la taille industrielle ou du prix. Cette concurrence organisée bénéficie d'abord du plein soutien de son État en ordre de bataille : déplacements, renseignements et financements sont coordonnés par une volonté ferme de l'Etat. Elle utilise ensuite des armes que la France refuse d'utiliser : désinformation (voir la campagne en Australie contre le contrat français de sous-marin, qui vaut celles, très violentes, contre le Rafale en Inde où le parti du Congrès a été instrumentalisé par un avionneur concurrent) et corruption (qui ose croire que certains contrats récents de concurrents européens aient pu se faire sans cette douceur-là ?). Elle casse enfin les prix car les contrats domestiques sont rentables et réguliers. Face à cette concurrence-là, quelles armes la naïve consolidation européenne lui opposera-t-elle ? Celle du prix ? Aucun programme européen n'est déjà compétitif pour les armées nationales clientes...

Aucun des trois arguments des promoteurs du démantèlement de l'industrie nationale au profit d'ensembles européens fédérés et intégrés ne saurait amener les gouvernements à privilégier une quelconque "préférence européenne" à leur souveraineté de choix. La préférence européenne ne se décrète pas : elle se mérite. Or, on l'a vu, les ratés de la coopération européenne n'ont jamais servi de leçon à leurs initiateurs. Pourtant, des expériences négatives du passé, au moins trois s'en dégagent : une convergence des besoins et des spécifications (ce qui sous-entend que les Etats partagent la même vision de la politique de défense), un cadre bilatéral - opérationnel et industriel - favorisant la coopération du maître d'œuvre et de son éco-système, (évitant ainsi la dispersion et les digressions de tiers imposant leurs vues ou leurs industriels) et un financement pluriannuel, lui aussi bilatéral.

Aux grands programmes, toujours décevants, les nations sages préfèrent un cadre bilatéral clair, de la conception à la commercialisation. C'est le cas des programmes de missiles franco-britanniques, des programmes navals germano-norvégiens, belgo-néerlandais ; c'est le tort des programmes bilatéraux que de vouloir s'élargir à tout prix au plus vite : SCAF avec l'Espagne, MGCS avec les nations Leopard. C'est enfin le défaut majeur de tous ces projets européens que de ne jamais prévoir un financement garanti donc pluriannuel. Est-il admissible pour la France que le futur de son aviation d'armes soit dans les mains d'une poignée de députés de la commission du budget du Bundestag ? La défense de la France ne se fait pas plus au Bundestag que la politique de la France à la corbeille de la bourse.

Exportation, l'un des grands défis pour la souveraineté française

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L'exportation, enfin. Troisième pilier de l'industrie, après la R&D et la commande publique, elle doit être replacée dans son contexte politique puisque l'acte d'exporter depuis 1939 est un acte souverain.

Sur le plan doctrinal, l'exportation est l'incarnation de la liberté souveraine que la France entend exercer en commerçant ou non avec tel ou tel pays. Elle envoie ainsi un message politique clair tant au pays à qui elle vend qu'à celui auquel elle ne vend pas ; ce faisant, elle contribue à organiser le marché par divers instruments - traités d'interdiction de tel ou tel système, traité de non-prolifération, embargo - ou bloquer toute régulation contraire à ses intérêts (ou de s'en affranchir). A cet égard, la liberté de commerce de la France dans le domaine des ventes d'armes ne saurait être entravée par l'imposition de règles étrangères : l'imposition des règles américaines - que l'Administration sait contourner et faire contourner à ses industriels, comme la règlementation anti-corruption, les normes technologiques, les embargos - est ainsi un des grands défis posés à la souveraineté de la France, l'une des rares nations occidentales à être le vrai concurrent des Etats-Unis : la rivalité sans merci dans le domaine des avions d'armes et des missiles en est l'illustration complète.

Œuvre de pharisiens préoccupés d'affirmer leur vertu tout en cherchant surtout à écraser leurs concurrents, cette normalisation du marché des armes appelle au contraire à un regain de souveraineté. Cette liberté est également à défendre bec et ongles dans le domaine des coopérations que la France entend mener. Il lui faut donc négocier ces coopérations avec des partenaires qui respectent sa souveraineté, en lui laissant une totale liberté d'emploi pour ses propres opérations, et en se laissant la liberté d'exporter les matériels co-développés. En ce sens, la coopération européenne n'est pas la prolongation d'un modèle national d'indépendance mais bel et bien - et c'est là le but recherché par ses auteurs allemands et bruxellois - une dépendance mutuelle qui est à rebours de la conception nationale défendue ici. Cette liberté se niche aussi dans la conception morale du commerce des armes : du moment que les décisions nationales sont prises selon ses règles d'éthique, qui sont celles d'ailleurs que chacun proclame de son côté, il n'y a pas lieu de laisser contester ces décisions au motif qu'elles contreviendraient à l'interprétation publique de circonstance de ces mêmes règles par ses concurrents.

Sur le plan opérationnel, cette liberté d'exporter permet ensuite de graduer l'intensité des relations que la France décide d'entretenir avec tel ou tel pays. La géopolitique française - c'est-à-dire sa capacité à profiter de sa géographie, de son Histoire et de ses atouts pour assurer son influence - s'exprime par le type de matériel qu'elle est prête à vendre à un tel pays. La vente d'avions d'armes, de sous-marins conventionnels, de satellites d'observation, de systèmes de radars ou de missiles ou de services sensibles (R&D) inscrit en effet la relation bilatérale dans une longue durée : elle détermine ainsi un ancrage qui vaut au moins pour la durée de vie d'un système (en moyenne 30 ans pour un avion d'armes ; 35 ans pour un sous-marin ; 15 ans pour un système de missile). Cet ancrage durable permet le partage : de doctrine, de formation, de renseignements, d'équipements pour des exercices ou des opérations.

La France a ainsi équipé presque intégralement jusqu'à une époque récente des pays-clés pour sa diplomatie comme les Emirats Arabes Unis (EAU) et le Qatar ; elle a été, ou est encore selon, la double source en Arabie Saoudite (pour la défense sol-air, la Marine, la Garde Nationale), à Oman (pour la Garde Royale), en Inde, aux EAU, au Qatar, en Egypte, au Brésil, en Malaisie, etc. La coopération navale avec la Grèce pave la voie à des contrats d'acquisition ou de modernisation face au danger turc. Elle continue à faire partie des rares pays appelés pour des appels d'offres sur des systèmes majeurs (sous-marins en Pologne, Pays-Bas, Indonésie ; avions d'armes et défense sol-air en Suisse, etc), preuve qu'elle pèse encore de manière significative tant sur les plans diplomatique qu'industriel.

Sur le plan industriel, l'exportation d'armement est une valeur ajoutée, qui démultiplie la souveraineté. D'abord en France où les flux financiers tirés de l'exportation permettent non seulement à l'Etat de consolider sa planification de défense, d'en retirer des revenus (formation), mais aussi aux industriels de conforter des investissements sur fonds propres pour développer des versions utiles ultérieurement aux armées françaises. Les conséquences sur l'emploi qualifié et non délocalisable sont connues (entre 40 et 50.000 emplois vivant directement de l'exportation, soit 25% environ des emplois du secteur).

Elle projette ensuite sur le pays partenaire un modèle français de souveraineté où l'indépendance nationale du pays acheteur est non seulement respectée mais consolidée par un pays vendeur - la France - qui n'émet pas de restrictions d'utilisation dans la mesure où la relation est cadrée par un accord d'Etat à Etat fondé sur le respect de la souveraineté. Le pays n'est plus un client, mais un partenaire qui entre dans la sphère d'influence française lié par un contrat intergouvernemental produisant et permettant des échanges féconds de renseignements et d'expériences. La vente d'avions d'armes en Inde comme celle de sous-marins au Brésil, à l'Inde et à la Malaisie l'illustre.

De cette vente d'armes découle bien souvent une relation politique, qui débouche sur de nouvelles opportunités souvent éloignées du secteur de la défense : en ce sens, la fiabilité de la France comme fournisseur de systèmes d'armes trace la voie à d'autres ventes et dans d'autres secteurs stratégiques (énergie, nucléaire, etc). Ce modèle souverain dans la conception, la production et l'exportation d'armement a fait ses preuves. La Turquie et la Corée du Sud et dans une moindre mesure l'Indonésie et l'Inde, suivent en cela l'exemple français : fort taux de R&D, développement de champions nationaux en monopole, structuration de l'offre, promotion organisée sur les marchés de l'armement et accompagnement diplomatique complet des offres de d'armement.

L'exportation n'échappe cependant pas à l'ordre naturel des choses : tout bouge et se transforme sans cesse. La position de la France est ainsi forte mais s'érode. Il y a les explications diplomatiques : un alignement des positions nationales sur les positions de ses concurrents (américains), un moralisme aussi inutile que destructeur, absence de déplacements (qui égale les voyages de Jean-Yves Le Drian ?) pour faire du client un partenaire ; il y a les raisons financières : myopie de Bercy, peur des encours trop nombreux sur des pays fragiles (Brésil, Égypte), frilosité des banques sur des pays (Arabie, Indonésie) ou des domaines (drones armés) sensibles ; il y a enfin - et actuellement surtout -, des explications juridiques sous couvert d'une morale douteuse : alors que la France, à la différence de nombreux pays occidentaux, a un système rigoureux de contrôle des exportations, elle se voit accusée de vendre n'importe quoi à n'importe qui et, surtout, de le faire au moyen de la corruption.

Le grand combat perdu de l'industrie d'armement (et de l'industrie tout court) aura été celui de la lutte contre la corruption. Face à Transparency International, elle a perdu en effet le combat principal en 2000 avec l'imposition de la convention OCDE qui bannit les "frais commerciaux extérieurs", les criminalise rétroactivement et la pénalise alors que les principaux corrupteurs avaient déjà trouvé la parade (Etats-Unis avec le FCPA de 1977) ou refusaient de signer un texte aussi suicidaire (Afrique du Sud, Israël, Chine, Russie, etc).

Depuis 2000, l'industrie subit de plein fouet les effets pervers de procédures stériles, qui sont la ruine de son commerce et la fortune des avocats et consultants spécialisés. Elle subit les procédures inquisitoriales sur ses contacts, consultants, contrats. Elle subit le détournement de ses échanges électroniques vers des serveurs situés à l'étranger. A force d'être pure, elle est épurée ; à force d'être morale, elle perd le moral ; à force de laver plus blanc que ses concurrents, elle sort lessivée. Et ce n'est pas tout : jugée coupable au tribunal de la morale à géométrie variable d'ONG manipulées ou naïves, elle est régulièrement traînée dans la boue dans les media et désormais devant les tribunaux avec l'État. Si l'on doit à la ministre une belle défense des exportations nationales d'armement, on sent que le ver est partout dans le système et détruit des réseaux commerciaux entiers et donc des ventes futures.

Alors que l'État parle d'abord de redistribuer une richesse inexistante, l'industrie d'armement démontre qu'il faut d'abord savoir la créer. Donc exporter. Montesquieu ne disait pas autre chose dans l'Esprit des Lois que "Le commerce est la chose du monde la plus utile à l'État". L'armement ne fait pas exception : il faut oser le dire.

https://www.latribune.fr/opinions/les-veritables-menaces-qui-pesent-sur-l-industrie-d-armement-francaise-3-3-852610.html

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    Jen DiMascio The Pentagon is in the midst of a massive upgrade of its Ground-based Midcourse Defense (GMD) system, designed to protect the U.S. against an attack by an ICBM. The new Next-Generation Interceptor (NGI) would modernize GMD, arming it with an all-up round that can counter more sophisticated ICBMs. In pursuing the new program, the Missile Defense Agency (MDA) will end the planned purchase of 20 current-generation GMD Ground-Based Interceptors (GBI), after already having canceled a key aspect of that system, the Redesigned Kill Vehicle (RKV). While it works on NGI, the MDA also intends to supplement its defense of the U.S. against ICBMs with shorter-range interceptors that provide regional defense. The change in course will not be cheap. GMD itself has cost more than $68 billion over its lifetime. In its fiscal 2021 budget request, the MDA is asking for $664 million in fiscal 2021 for NGI and another $4.3 billion through fiscal 2025.It is an amount that will grow over time and that some worry could pull funding from other urgent priorities, as the type and number of missile threats from other countries evolves to include more sophisticated ballistic missiles and hypersonic weaponry. The MDA is poised to issue a classified request for proposals to sponsor two contractors through a preliminary design review (PDR) of a new interceptor and kill vehicle—the part of the interceptor that defeats an incoming missile while in space. MDA Director Vice Adm. Jon Hill says the agency plans to award contracts by the end of 2020, with the intention of starting testing in the mid-2020s and putting NGIs in silos by 2027, 2028 or beyond. “Right now we're funded through PDR, and you know there's plenty of arguments out there that you [have] got to go all the way to the [critical design review (CDR)]. We'll have that conversation when the time is right,” says Hill. The release of the budget solidifies a plan that has been slowly percolating in the background. Last March, Boeing was put on notice after the RKV—a projectile launched by the GBI booster that is tasked with locating and defeating the incoming ICBM in space—did not meet the needs of its CDR. The Government Accountability Office noted problems with the program meeting its cost and schedule goals “with no signs of arresting these trends.” By August 2019, Mike Griffin, the Pentagon's top research and engineering official, stopped work on the RKV after the MDA had spent more than $1 billion to develop it, as it was not proving to be reliable. These RKVs were to ride atop the next 20 GBIs, a project overseen and integrated by Boeing, which Congress had approved in 2018 after a spate of North Korean missile tests. In concert with ending the RKV, Congress rerouted that funding to the NGI, and the MDA conducted a review of options for the interceptor. Coming out of that assessment, budget officials say they will not buy the 20 new GBIs as the military embarks on NGI development. New NGIs are so far being planned to be placed in silos that were to be inhabited by GBIs, according to Hill. “The current intention is for the Next-Generation Interceptors to be able to work with both current and future sensor systems,” says MDA spokesman Mark Wright. From a security standpoint, existing GBIs will still protect the U.S. from foreign missile threats, says Hill, but he adds that over time their reliability will begin to fall off. While the NGI program works its way through development, the MDA plans to supplement GMD with a layered network of theater-range systems—the Terminal High-Altitude Area Defense System (THAAD) and the Aegis Standard Missile-3 (SM-3) Block 2A—to fill any gaps in defending the U.S. from North Korean missile attacks. “What this budget really does for us is it starts to say, ‘Let's take advantage of these regional systems that have been so successful and are very flexible and deployable,'” Hill says. In 2020, the MDA will test the SM-3 Block 2A missile against an ICBM. “When we prove that we can take out an ICBM with an Aegis ship or an Aegis Ashore site with an SM-3 Block 2A, then you want to ramp up the evolution of the threat on the target side, right? We'll want to go against more complex threats,” Hill says. That will require upgrading the combat system used by Aegis ships so it can process data from new sensors and engage with a missile. Adding the ability to launch SM-3 Block 2A missiles on ships or from Aegis Ashore sites will give combatant commanders the additional flexibility they have sought, he adds. A future commander could then choose to launch a GBI, THAAD, SM-3 or, when it is ready, NGI. Such an interim solution using regional systems is still far from a reality. The Pentagon is requesting $139 million in its fiscal 2021 budget to “initiate the development and demonstration of a new interceptor prototype to support contiguous U.S. defense as part of the tiered homeland defense effort,” the MDA's budget materials state. That involves developing hardware and software and conducting demonstrations leading to a flight test in fiscal 2023. One other potential gap in the missile defense architecture is in Pacific-based radars that would have cued GBIs to protect against an attack on Hawaii. The “Pacific radar is no longer in our budget,” Hill says. Today, forward-deployed AN/TPY-2 radars and a deployable (sea-based X-band) radar work with the GMD system in that region. Plus, Aegis ships can be repositioned, he adds. “We realize we need to take another look at that architecture,” he says, which will focus on the Pacific region. Missile defense experts are not unsupportive of the effort to build a new NGI. But they do question whether the cost will leach funding for other important priorities. Frank Rose, a senior fellow at the Brookings Institution, points out that GBIs are built using 1990s technology and as a development prototype tasked for an operational mission. That means that requirements such as reliability, survivability and suitability were afterthoughts. Despite the sound logic involved in moving toward a new interceptor, “I see a couple of challenges,” he says. That includes that the Pentagon's budget request was flat for fiscal 2021, a trend likely to continue. In the years ahead, the military will have big bills for its nuclear modernization budget and to recapitalize its conventional forces, which will hit about the time budgets for NGI would need to swell to support procurement of the system. Meanwhile, in the near-to-midterm, the U.S. is likely to be dealing with a limited North Korean threat. Over time, the threats will grow in number and sophistication. Given challenges with the budget—not to mention technical challenges with developing a successful kill vehicle—Rose wonders if that money could be applied elsewhere. Kingston Reif, director of disarmament and threat reduction policy at the Arms Control Association, is skeptical the MDA can deliver an NGI on its current timeline. “Congress must be extremely wary of allowing the Pentagon to repeat the mistakes that have plagued the GMD system in the past,” he says. “In particular, the development, procurement and fielding of the NGI should not be schedule-driven but based on the maturity of the technology and successful testing under operationally realistic conditions. Accelerating development programs risks saddling them with cost overruns, schedule delays, test failures and program cancellations—as has been the case with the GMD program and other missile defense programs to date.” The expansion of U.S. homeland missile defense may be viewed as a provocation by Russia and China “and likely prompt them to consider steps to further enhance the survivability of their nuclear arsenals in ways that will undermine the security of the United States and its allies,” Reif says. “The costs and risks of expanding the U.S. homeland defense footprint in this way greatly outweigh the benefits.” But like all proposals, it will be up to lawmakers to decide and is likely to be a point of interest in the year ahead. “This is the single biggest muscle movement in the 2021 budget proposal, and Congress will be scrutinizing carefully whether the administration has a compelling vision and realistic funding stream for the short, medium and long term,” says Tom Karako, director of the missile defense project at the Center for Strategic and International Studies. https://aviationweek.com/defense-space/missile-defense-weapons/mda-embarks-new-generation-missile-defense

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