27 février 2020 | International, Terrestre

Industrie : Lourds investissements chez Thales à Saint-Héand

Par Stéphanie Gallo Triouleyre

Créée par Pierre Angénieux en 1932, autour des zooms pour le cinéma et la télévision, puis rachetée en 1994 par le groupe Thales, l'entreprise de Saint-Héand dans la Loire réalise aujourd'hui 4/5e de sa production dans le secteur de la Défense. Elle vient justement de démarrer les livraisons de ses nouvelles jumelles de vision nocturne O-NYX à l'armée de Terre. Elle investit par ailleurs lourdement pour développer l'ensemble de ses activités.

La Direction Générale des Armées avait notifié à Thales le marché des jumelles O-nyx fin 2017, la première livraison est intervenue il y a quelques semaines. Ces jumelles de vision nocturnes sont destinées à remplacer progressivement les jumelles Lucie qui équipaient jusqu'ici l'Armée de terre et qui étaient déjà fabriquées par Thales Saint-Héand (ex Thales Angénieux avant la réorganisation des sites Thales) dans la Loire.

"Nous sommes partis d'un équipement dont nous disposions pour codévelopper avec la DGA et les utilisateurs. Nous sommes parvenus à des jumelles plus ergonomiques, plus légères (340 grammes NDLR) et plus performantes que celles qui équipent déjà les Forces Françaises", signale Delphine Cabaton, responsable commerciale du projet O-nyx.

Plus de 3.500 paires ont d'ores et déjà été commandées.

15 000 unités sur 7 ans

Le marché court sur 7 ans et devrait s'accompagner de 1 000 à 2 000 commandes par an, soit au total entre 10 000 et 15 000 équipements O-nyx fabriqués par le site ligérien du groupe Thales. Secret défense oblige, impossible de connaitre le montant du marché. En revanche, Bertrand Boismoreau, directeur d'établissement, souligne l'importance de cet accord :

"Nous avons coutume de dire que lorsque l'Armée française investit un euro chez nous, la France gagne deux euros à l'export. L'Armée française a une réputation d'exigence absolue. Si elle commande chez nous, c'est un signal fort pour les armées du monde entier".

Pour renforcer ses positions auprès de ce client de premier ordre, Thales Saint-Héand travaille d'ailleurs actuellement sur un appel d'offres de la DGA concernant de nouveaux équipements binoculaires. Elle avait déjà fourni depuis deux ans, 1 000 autres jumelles de vision nocturne aux forces spéciales et avait contribué depuis 10 ans au marché Félin (12.000 équipements de jumelles connectées). Des marchés conséquents à chaque fois et qui ont un impact sur le tissu économique régional puisque le site sous-traite 80% de la valeur de ses équipements.

"La jumelle O-Nyx nécessite une douzaine de techniques de fabrication comme la plasturgie ou l'usinage mécanique. Nous nous basons pour cela sur l'expertise des PME locales", explique Benjamin Fournel, responsable d'industrialisation.

Il cite par exemple Sagne, Modertech, HEF etc.

A l'occasion du marché O-nyx, l'usine de Saint-Héand a décidé par ailleurs d'entrer plus fermement dans l'ère de l'industrie 4.0. Elle a ainsi développé des bancs de test, permettant notamment de caractériser la qualité optique de la jumelle.

"Jusqu'ici, les opérateurs devaient vérifier la qualité de nos jumelles à l'oeil. C'est un travail fatigant et sujet à des variations de performance. Ces bancs de test automatisés permettent de simplifier le travail de nos collaborateurs et de fiabiliser la qualité de nos produits", se réjouit Benjamin Fournel.

Le montant de l'investissement n'est pas communiqué.

Croissance

Thales ne communique pas non plus précisément sur les volumes d'activité de chacun de ses sites, mais Saint-Héand générerait un chiffre d'affaires de l'ordre de 100 millions d'euros, avec 350 salariés. C'est 20% et 50 personnes de plus qu'il y a deux ans. Le marché O-nyx contribue évidemment à cette progression mais Thales Angénieux se déploie par ailleurs sur d'autres sujets. Notamment sur les optiques cinéma, production historique pour laquelle elle est mondialement connue. Celle-ci représente aujourd'hui 20 à 25% de son activité.

Plusieurs millions d'euros sont en train d'être investis par l'entreprise pour développer une nouvelle gamme d'optiques à focale fixe, marché sur lequel elle n'était pas, ou peu, présente jusqu'ici, privilégiant les zooms.

"Les tournages de film nécessitent souvent des zooms et des focales fixes. D'autres acteurs étaient bien positionnés sur les focales fixes mais les nouveaux formats nous remettent sur la même ligne de départ. L'idée est de proposer aux cinéastes de pouvoir tourner l'intégralité de leurs films avec des produits Angénieux, avec en plus des fonctionnalités très différenciantes : nos appareils sont plus compacts, plus légers, avec des possibilités de personnalisation de filtres", expose le directeur d'établissement, Bertrand Boismoreau.

Une gamme de 12 focales est en cours de préparation, sachant que "plusieurs millions d'euros d'investissement" sont nécessaires au développement de chacune des focales. Un investissement colossal donc mais qui devrait permettre à Thales Angénieux, sous 10 ans, de viser un marché complémentaire de 100 millions d'euros.

Nouvelle ligne de production

Enfin, le site ligérien va être encore renforcé dans les prochains mois. Le groupe Thales lui confie en effet la production de nouvelles caméras infrarouge pour le secteur de la Défense. Elles ont été codéveloppées avec un site parisien du groupe. Une nouvelle ligne de production est en cours d'installation. Elle sera inaugurée début avril.

"Les investissements sont très lourds", signale Bertrand Boismoreau, sans pouvoir, là-encore, donner d'indication trop précise. A terme, "plusieurs dizaines de personnes" pourraient être recrutées pour assurer la production de ces nouvelles caméras, "en fonction de leur succès commercial".

https://acteursdeleconomie.latribune.fr/strategie/2020-02-26/industrie-lourds-investissements-chez-thales-a-saint-heand-840652.html

Sur le même sujet

  • L’Europe se dote d’un hub d’innovation de Défense

    20 mai 2022 | International, Aérospatial, Naval, Terrestre, C4ISR, Sécurité

    L’Europe se dote d’un hub d’innovation de Défense

    DÉFENSE L'Europe se dote d'un hub d'innovation de Défense Les ministres de la Défense des pays membres de l'Agence européenne de Défense (AED) ont approuvé la création d'un pôle d'innovation de Défense de l'UE, « Hub for EU Defence Innovation » (HEDI), en son sein, mardi 17 mai 2022, lors du comité directeur de l'agence. Approuvée par le Conseil européen, la « Boussole stratégique » préconisait, parmi 12 priorités, la création d'un tel pôle en 2022, dont les travaux préparatoires ont commencé en mai 2021. À la fois « catalyseur et amplificateur », HEDI opérera à la croisée des initiatives déjà lancées par l'AED et en cohérence avec le fond pour l'innovation de l'OTAN (DIANA). Ce hub se concentrera sur les priorités établies par l'Europe en matière de développement capacitaires, de recherche et développement et de compétences, de technologies et de production. Ce hub d'innovation de Défense est supposé monter en puissance afin de mettre en place un « HEDI 2.0 ». Une des premières étapes consiste à faire partager les bonnes pratiques en termes d'innovation et à organiser un 1er « European Defence Innovation Day » le 31 mai prochain. La mise en place d'ateliers, de groupes d'études et de rencontres annuelles ou semestrielles entre chercheurs et organisations doit contribuer à établir une image commune de l'innovation de défense européenne. A terme, HEDI pourrait piloter plusieurs actions comme une version améliorée de l'actuel Prix de l'innovation de défense de l'AED, le financement de preuves de concept et de démonstrateurs, ou encore l'organisation de conférences et de salons thématiques. Agence Europe et Forces Operations Blog du 18 mai

  • India to launch a defense-based space research agency

    13 juin 2019 | International, Aérospatial, Sécurité

    India to launch a defense-based space research agency

    By: Vivek Raghuvanshi NEW DELHI — In a move to bolster India's space warfare capabilities, the ruling National Democratic Alliance government has approved the creation of the Defence Space Research Organisation. DSRO will provide technical and research support to its parent organization, the Defence Space Agency. Last week, India's Cabinet Committee on Security, led by Prime Minister Narendra Modi, approved the creation of DSRO to also develop space warfare systems and associated technology, according to a Ministry of Defence official. DSRO will be headed by a senior defense scientist who will lead a team of other scientists. The agency is expected to be operational by the end of this year. The organization is also charged with finding and implementing defense applications for India's entire spectrum of space technologies. In April, the government established the Defence Space Agency, or DSA, to command the space assets of the Army, Navy and Air Force, including the military's anti-satellite capability. The agency is also to formulate a strategy to protect India's interests in space, including addressing space-based threats. The MoD official noted that the creation of the two agencies is aimed at developing a multidimensional approach to using outer space for strategic purposes. The DSA will be headed by an Air Force vice marshal and will have a staff of 200 personnel from three wings of the armed forces, according to another MoD official. In addition, the DSA will seek input on space as a domain of warfare from the Indian Space Research Organisation and the Defence Research and Development Organization. India's existing military space agencies — including the Defence Imagery Processing and Analysis Centre, located in New Delhi, and the Defence Satellite Control Centre, located in Bhopal — will be merged with DSA. In March, India also conducted an anti-satellite test, which demonstrated its capability to shoot down satellites in space. https://www.defensenews.com/space/2019/06/12/india-to-launch-a-defense-based-space-research-agency/

  • Electronic warfare in Ukraine has lessons for US weapons, navigation

    6 mai 2024 | International, Terrestre, C4ISR

    Electronic warfare in Ukraine has lessons for US weapons, navigation

    Washington and other governments have committed billions of dollars of aid to Ukraine, including armored vehicles and secure communication devices.

Toutes les nouvelles